Fenêtre à l'Est
Fenêtre à l'Est (à propos du film : la vie des autres)
Comment naquit-elle cette peine?
Temps tramé
lorsque les mains blanches posent au point du jour les spectres de camphre
lorsque les éphémères du temps funéraillent l'aube
lorsque les galets imprègnent les étoiles
lorsque des hommes linceulent la vie à l'arraché du temps
Comment naquit cette haine?
Temps blessé
lorsque les volets avouent la jalousie aux soupirails
lorsque les dalles de fonte plombent l'espace
lorsque les roues arrachent à l'ornière du vent
les doigts souples de la mélancolie
cieux mortels
aux courtines sombres des rêves
imuable lenteur des nuages
les soirs d'éclipse
immobiles racines de l'aveuglement
ces soupirs de lierre liés à la nuit
ces fils de fer au rouille des chagrins
Ah le barbelé du temps sur le rideau
et la glace
et l'implacable glace du tombeau
telle fut l'amour
son aveugle ébranlement qui aspira jusqu'à la honte de l'univers
la base du monde a péri dans le limon
ton étrangère a les mains vides
de la douleur jusqu'aux fenêtres
des légendes déchirées
le mal
le mal habille la terre
et toi aussi t'habille de mal
le mal du mépris sur tes lèvres sans voix
le mal deferle jusqu'à l'amont de ta naissance
croisement malin des ténèbres
à bout de bras, tu portes le mal
et sa corde jusqu'au frisson de la mort
j'ai vu la gerbe haute de feuilles
un arc austère sur le frisson des douleurs
et la vieillesse sa main tremblante
tirée de l'insomnie comme une gorgone.
Tu as trompé ton monde en croyant bondir sur la clarté des vagues
tu as trompé la noirceur de la nuit par les fausses couleurs du temps
et c'est ainsi que saigne à ta porte
la spirale rouge de la honte
ta chute mortelle
Poète!
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