Envahissante, menaçante, l'obscurité

au bord du noir, au bord du précipice, au bord de l’impossible traîne

obéir, faire confiance, éperdument

aller à la rencontre dans l’espace séparé par les mots

laisser faire,

pourtant ne pouvoir y aller

comme Orphée à Eurydice

Je ne me plains pas de t'avoir perdu

de ne rien pouvoir faire sans toi

Que faire sans toi?

Un spectre, regard hanté et dépossédé de lui-même

regard vertigineux de la violence

lorsque je dis « viens »

éternellement « viens »

et de fixer le regard sur l'histoire

pris de vertige au bord du gouffre,

le regard fixé sur un petit caillou

C’était un moment d’histoire où les rues sont pleines de peintres et de pinceaux

Avant la Révolution d’Octobre

Ah ce besoin immense d’espace!

Ces flâneries académiques en dehors des lisières du pouvoir!

Expérimenter... l'expérimental dogme de l'art

Autodidacte du poème

Il se sent à l’étroit, le poète

dans ses réseaux de relations, de conventions

Se laisser appeler par tous les accents du monde

les tonalités même dissonantes

les résonnances étranges

N'écoute plus Saint-Augustin

Ecoute, écoute la rue!

Ecoute l’adolescent, les chants populaires , le folklore, les incantations magiques.

Enchante avec toi la poésie

Mallarmé.

Exaltons-nous ensemble d’une rencontre récente,

avec une voix pour voir

Traduis les poèmes

L’âge d' ailleurs où l’essentiel se passe, n’a pas d'importance pour les regards inassouvis

cherche à ta manière, comment réconcilier l'émotion et l'idée, la matière et l'esprit, le signe et le corps.

pour les mots, sans reproduction du visible

pour les formes sans un sens assemblées,

Ne plus écrire les choses

mais le lien entre les choses : ce regard inconnu de l'invisible, de l'inaudible

ce regard usé qui met à vif

cherche les signes purs,

faire signe

sans les choses, sans les mots

entrer dans l'absence

et son contenu intérieur

voyage commun

arrêt commun

Il s’ensuit un flottement entre le contenu et la forme,l’apparence et la substance,

une oscillation entre la figure et le fond

tout s'estompe au fond du gouffre

sauter à pied joint du haut du rocher des enfers

sommeil des nautes

ils tardent à ouvrir le passage à qui veut voir

faire disparaître les accents lyriques, les évocations romantiques, les corps nus de l'ivresse, les corps nus des charniers.

au fond du trou

un peu d'eau , des larmes?

Des détritus de l'art ancien repêchés , voir avec excès le noir abstrait, figuré d'un poème fragile comme l'amour.

Quand l'étoile se lève devant nous, avec le vent sur la falaise,

l’ultime geste dans le reflux des vagues

le corps tout entier nie le mur de la réalité.

Combats immatériels

Luttes matérielles

plus de combat avec l'Ange

mais avec l'incarnation de l'infini.

Liberté de langage, faire le plein des sensations, du matériau de construction

et l’intraitable figure de l’ange annonciateur: comment représenter l'origine du monde?

Inscrire les mots avec tous les excès, les fantaisies sans sermon de poète, d’examen des langues , d’alphabet sonore.

Maïakovski : « Comment osez-vous vous prétendre poète et gazouiller gentiment comme un pinson ? Alors qu’aujourd’hui il faut s’armer d’un casse-tête pour fendre le crâne du monde ! »

Reconduit chaque jour l’affranchissement du fond dans la durée irréversible de la vie.

Range le soleil dans ta mémoire aveugle ou regarde-le en face!

Debout devant le rayon qui résiste

Jour d'éclipse partielle

Malévitch : Pourtant le ciel est beau. La lune a englouti le corps du soleil. Un bref moment les deux astres s’épousent en une étreinte de ténèbres et de feu. Le corps inerte, cendreux de l’un, s’étend sur le corps vif, ardent de l’autre. La lumière s’échevelle autour de la pénombre, elle auréole d’un nimbe rose et argenté le globe aux roches crevassées, troué de mers mortes et laqué de poussière. Et les étoiles s’allument partout alentour. [...]. Ce n’est pas le jour, ce n’est pas la nuit. C’est un temps tout autre, c’est un frêle point de tangence entre les minutes et l’éternité, entre l’émerveillement et l’effroi. C’est le coeur du monde qui se montre à nu - un coeur obscur ceint de gloire.

Patience , ô ma lumière, signe pur, de la langue stellaire qui ressemble à la langue des extrêmes qui se touchent : le chaud et le froid, le vide et le plein, le négatif et le positif, la mort et la vie. Mutations du plein et du vide, du noir et du blanc, du refus et de la fascination dans l’espace du dedans, dans un ouvert sans ouverture de la venue de la nuit mystique

S’embraser inéluctablement vers le haut, à l'embryon de tous les possibles : carton noir de l'abstraction, signal faible, écho sans partage du sensible

sur le plan fuyant, quelque chose du monde n’existe pas. un plan incliné à plusieurs dimensions, les

affinités électives entre l’artiste avec le poète, le poète avec le musicien , le musicien avec l’artiste, l’expérience sensible chavire, sous tous les angles jusquà joindre l'immémoriale sagesse paysanne

Comme un voleur de vérité qui contemplerait ses pieds enchaînés, un alphabet de symboles de la mémoire, vertige de l'infinidu voir de tous les points de l’univers

L’éclipse partielle est la disparition d’une femme, un tableau volé, l'origine du monde, la trace de son absence, particulièrement dense parce que le sourire et la beauté sont éphémères.

Ah! ce sourire de grâce qui fait l’union du chaos, ce temps double de la grâce et du chaos

ce temps immémorial du temps fugitif et présent de la grâce souriante.

ce temps sans fin du chaos et de l’absence.



ELLE se souvient seule, tout seule, du noir.



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