Lettre d'accueil à La Coupole
Paris, le 4 mars 2006
Chère Nicole,
Depuis trois ou quatre années, je te rencontre dans différents lieux où règnent humanisme, culture et poésie. Ce qui m’a tout d’abord frappé chez toi, c’est une grande discrétion, et le ton toujours très doux et égal avec lequel tu dis tes textes. Au fil du temps, j’ai pu progressivement découvrir tes convictions et ta poésie comme va essayer de te le dire cette lettre.
Aujourd’hui, il m’apparaît combien il est difficile de résumer ta carte d’identité poétique, débutée en pension dès l’âge de 13 ans, marquée par la parution de huit recueils de poésie, des rencontres et activités plus que diverses et variées.
Tu es sociologue, administratrice de l’association « Du côté du pont Mirabeau », membre de la société des Gens de lettres de la Maison des écrivains , conseillère littéraire d’Open Asia(association humanitaire sur l ‘Asie centrale), présidente de l’association des amis de César Valéjo. Tu défends la francophonie, les langues et les cultures menacées notamment en participant activement à la Nouvelle Pléiade. Tu mènes une recherche de création de vidéo-poésie en collaboration avec des vidéastes et des plasticiens, pour aboutir à une nouvelle forme alliant les images vidéo, la musique et la poésie. Tu collabores à des revues de poésie, tu organises de multiples lectures , participes à des festivals internationaux…. Tout porte à croire que tu as des dons de dédoublement et d’ubiquité !
Comment ne pas évoquer également ton engagement humanitaire et féministe, qui est celui d’une authentique militante, qui n’a pas hésité à se rendre à Kaboul pour y défendre la cause des femmes afghanes, et a lancé en 2001, en collaboration avec Open Asia, cet appel de « 1001 poèmes pour la paix et la démocratie en Afghanistan » . Plus de mille poèmes reçus de 45 pays différents, et je me souviens encore de la grande soirée de spectacle donnée à l’UNESCO avec les poésies sélectionnées à laquelle j’ai eu la chance d’assister.
Bravo aussi pour quelques prix : un prix obtenu à Postésie en 1995, le prix de la lettre la plus originale « Lettre à la lune » en 1996, le prix au concours international de poésie érotique en juin 2000, et le grand prix de la ville de La Baule en mars 2002 pour ton recueil «Longue vie à toi, marcheuse de l’impossible ».
Et puis, il y a ta poésie… Pour moi, tu appartiens à cette catégorie de poètes qui manient et associent les mots avec une sorte d’incroyable magie musicale, avec une richesse verbale pleine de métaphores où se mêlent lyrisme, humanisme, teintée parfois d’un délicieux érotisme … Une poésie de la séduction qui célèbre la femme dans tous ses états, le corps et le baiser, la fraternité entre les hommes et l’amour.
« dans le sel bleu des songes /notre amour cicatrise le vide : je t’imagine dans le velours des mots »,
ou encore :
« dans le silence / je te suivrai toujours / j’ai des soleils plein les poches / des nuits au bout des mains ».
Comme l’exprime fort bien Jacques Salomé, qui préface ton dernier recueil, « tu es poète au sens le plus magique du terme, car tu as le pouvoir de nous faire rêver, de nous emporter au delà de nos pensées, de nous déposer sur les rives anciennes de nos amours et de nous projeter vers les horizons bleutés d’un devenir à inventer.»
Mais, ton écriture touche également lorsqu’elle est une poétique vivante et engagée., et tu l’expliques : « je crois n’avoir jamais pensé jusqu’ici à quel point la liberté, le bonheur, l’amour pouvaient se confondre , à quel point ils étaient nécessaires au combat pour la paix et pour la vie, à quel point ils se confondaient.»
Je trouve également admirable qu’un poète afghan, Latif Pedram, puisse écrire : « je me sens en sécurité quand j’entends la voix de Nicole Barrière. Quand je lis la poésie de Nicole, je crois qu’il existe encore des racines desquels naît la saison de noblesse » .
Pour terminer, je vais me permettre de t’adresser une simple supplique …. Continue d’écrire, d’écrire comme tu l’écrit toi-même :
« Ecrire sur la courbe de la vague
le sentier lumineux de la foi
Ecrire sur chaque pétale de rose
Le feu interdit de l’amour
Ecrire le battement de chaque touche de piano
La frappe suave et forte
L’ineffable envers où l’âme s’avance dans la futée des émotions.
Ecrire sur fond de ciel en pétale irisés de nuages
L’effeuillage sensible de l’univers connu
Un glissement vers le plaisir
Inscrire la flamme provisoire de la poésie .»
Je t’embrasse
Annie Pasternak
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