JAVIER ECHECOPAR MONGILARDI


Une vie de passion et d'amour pour la musique

BEAUX ARTS, MUSIQUE, DANSE, CHANSON Pérou



Javier Echecopar a un destin tout à fait exceptionnel. Son écriture originale et un son de guitare hors-classe, lui valent une place unique dans le monde de la musique baroque péruvienne et la gloire d'une carrière internationale.
Le succès immense de ses concerts baroques donnés dans les églises en Europe, en Amérique du Nord et au Pérou, la recherche musicologique sur le baroque péruvien, la traque de sons oubliés des indiens quechua des Andes et ses propres compositions l’attestent.
Mais si la musique est au cœur de la vie du guitariste et du compositeur, l'homme fascine aussi par son charisme, une personnalité hors du commun. Même si les apparences sont trompeuses, on sent des remises en question dans « l’intranquillité de l’être» qui lui permettent de ne jamais stagner et d'aller jusqu'au bout de ses rêves.
Quel est donc le parcours de Javier Echecopar ?

Un besoin irrésistible de musique

Javier Echecopar Mongilardi est né à Lima en 1955 et a déjà dans l'enfance un irrésistible besoin de musique, on l’imagine seul dans la pénombre multicolore des églises écouter le souffle profond des sons. C'est là, auprès de sa mère, compositeur également, qu’il s’initie à la beauté musicale.

A huit ans, Il entre au Conservatoire National pour y étudier la guitare, et obtient son diplôme en 1978. Boursier de l’UNESCO, il continue ses études à l’École normale de musique de Paris et ensuite à la Guildhall School of Music de Londres. Il a eu comme professeurs Alberto Ponce, Abel Carlevaro et Javier Hinojosa en guitare, ainsi que Celso Garrido Lecca, Narcis Bonet et Antonio Ruiz Pipó en composition.

J’ai commencé le voyage avec Javier Echecopar, un soir d’octobre, il avait peu parlé, nous étions réunis par le poète Carlos Henderson pour un hommage à César Vallejo .

Plus tard, j’ai écouté Javier en concert, ses mains dansaient sur les cordes comme des oiseaux, entre les respirations des vagues, un long balancement, l'intervalle où s'abritait l'oiseau, le creux de la vague. Jeu entre l'air et l'eau, jeu où la profondeur, le silence et l'ombre se disputaient avec l'espace, la lumière et la vie.

La danse était contenue dans ses doigts sur la guitare, entre ses doigts qui se tendaient vers les étoiles et la paume qui plaquait les accords comme le vent sur l'abrupt des rochers.

La dualité première des éléments, l'harmonie fluide se coulait dans l'onde, la terre, la mer, l'éther, comme autant de sons superposés, comme autant de nuances dans un tableau.

De ces variations montait l'intime de l'être, la joie ou la mélancolie, de ces triolets s'ouvrait le grand large recouvert par les voix lointaines des ancêtres.

Qui de la mer ou des Andes aurait le dernier mot ? il était la mer et les Andes, un grand songe descendit la montagne pour venir hanter la mémoire des oiseaux, alors le rêve surgit de ses mains : une colombe dansait, son corps était une fugue, ses envols familiers et pourtant elle hésitait :"pourquoi colombe m’as tu donné la connaissance, pourquoi colombe m'as-tu fait dormir dans tes ailes, pourquoi colombe m'as-tu fait boire l'eau de l'oubli".

Elle ne se posa pas sur l'épaule du maître, elle l'enveloppa de ses ailes pour mieux fuir, elle avait la légèreté de la vie et le désespoir de la mort, elle traversa les nuages

comme dans un tableau surréaliste et s'enfuit dans le silence du soir.

Le rêve courait entre les cordes, libre comme le vent, le bonheur s'invitait, la nostalgie insistait, la reprise des mélodies oubliées, lentement reconquises dans la tension du visage de l'artiste : les notes perdues pour s’inscrire en «accord per due »

Le résultat de ce travail se concrétise par la publication de plusieurs recueils de partitions de musique péruvienne baroque et traditionnelle. Il a enregistré huit disques et des vidéos documentaires.

A présent il partage sa vie professionnelle entre l’enregistrement de ses nouveaux CD, les master-classes et des concerts partout dans le monde. Selon la programmation de ses concerts, il se sert des guitares différentes, nommément John Price (Australie 1998), Daniel Moncloa (Pérou 1997), Joseph Benedid (Espagne C. 1790), Miguel Farfán (Pérou 1863).

Dans les silences, il entend l'écho d'une musique qui cherche désespérément à naître : la sienne. Et puis une nuit, il arrive au bout d’un souffle d’origine incertaine, d’un air qui s’envole. Dans quelle langue parlons-nous dans nos rêves ? il est à bout de souffle, à corps perdu dans la musique, il retrouve le sens comme on retrouve un être dont on ne serait plus séparé : c’est la fusion de l’air avec l’être. Il suffit de rien, de retourner l’ombre au passage des équinoxes : plus d’ombre, cela se passe au Rapide du ciel, après on accède à la forêt amazonienne, au temps de la pierre tendre, au temps de la pierre bleue, dans le chant plein de l’instant, où cet enfant est si beau, fragile dans sa lointaine solidarité avec les dieux enfuis.

Sa mélodie mélancolique est un dialogue au rythme libre entre le destin et le musicien.

Il commence un travail de composition, un disque est publié en France « Composiciones, vol.1 »

A l écoute du disque, ses compositions ont la volupté de la liberté, il a retrouvé les airs oubliés, traqué les instruments anciens au cœur du pays quechua, revenant sans cesse, les sonorités pures de la guitare laissent l’ âme inassouvie, l’exacerbent jusqu’à la tension, jusqu’à atteindre les larmes , puis un morceau nouveau commence avec gaîté , plein des joies de l’enfance, qui transforment la vie en un jeu et une fête, comme si le musicien voulait amener l’écoute à ce point d’équilibre du drame de soi et d’une pirouette, revenir à la légèreté, s’excusant pour dire « c’était pour rire ». Puis la mélodie reprend, cette mélodie qui semble courir d’un bout à l’autre des compositions, un motif musical repris et sans cesse transformé jusqu’à en rendre le cœur lourd. Plonger dans cet univers connu et inconnu de l’humain, du proche, imaginer la caresse de ses mains sur l’instrument, puis les mains ne suffisent pas, il y a la tension du visage, presque douloureux, la retenue d’une ivresse qui soudain libère la volupté, le point de dépassement de l’homme aux prises avec la vie.

C’est un voyage sur les routes brûlantes et désertes du Pérou, où l’on croise des camions hoquetants qui sillonnent le pays, avec des arrêts dans les villages indiens, où les femmes droites et dignes, regardent les voyageurs de passage heurter l’immobilité du silence. Elles gardent le temps jusqu’à ce qu’ils repartent en leur offrant l’endiablement d’une danse sur la place du village, mêlant les couleurs et les offrandes. Les camions repartent, ils s’enfuient, emportant avec eux l’espace trouble d’un instant de rencontre, ils raconteront plus tard l’aventure à des compagnons de bar, ils croiront avoir tenu le monde sans s’apercevoir que l’instant vécu ne fût que l’essoufflement dû à l’altitude. Alors la vie du village reprend laborieuse, industrieuse, entre les travaux des champs sous l’étroit soleil et le rêve inscrit sur les parois de la montagne de Cusco, rêve ancien et inexpliqué, l’appel aux dieux, l’invention du signe. Le crépuscule adoucit les formes de la montagne, elle semble jaillir de la lumière de la lune, les pas amples de la danse inventent l’histoire et font surgir les femmes de mémoire en mémoire. La mélodie reprend, tendre et nostalgique, l’âme de l’artiste capte le motif transmis d’âge en âge jusqu’à sa mère. Il faut oser cette traversée, c’est sans doute ce qui le rend libre, libre au point que la gravité du drame de la colonisation, la nostalgie des airs perdus, l’enlacement des ombres du passé avec les danses du crépuscule se font œuvre et enchantent le monde.

L’art des cordes : le quipu et la guitare

L’art de compter est aussi un art de conter, l'instrument utilisé par les Indiens dans ce but était le quipu, série de cordelettes de différentes couleurs suspendues à un cordon, en manière de frange, portant des nœuds et des couleurs qui expriment les innombrables significations des choses.

L’assemblage d’objets est l’écriture naturelle de la pensée mythique : les initiés seuls peuvent comprendre et interpréter.

Les nœuds sont les points d’arrêt du chant de l’homme lorsqu’il recueille la respiration du monde, de nœud en nœud et de silence en silence, se lit l’inspiration et le nœud marque l’arrêt qui permet de reprendre souffle, de se retourner pour dire ce qui fut conté, et ce qui s’est écrit.

La vie est composée de ces cordes avec lesquelles on noue différentes histoires, différents souffles, qui charment ou qui effraient, et parfois ne laissent pas de trace.

Simpay en Quechua signifie "tressé" et le compositeur prend ce mot comme symbole de la relation entre les éléments de la guitare d’Ayacucho et les possibilités contemporaines de l'instrument.

Javier Echecopar s’est attaché à retrouver les traces des instruments depuis leur arrivée en 1532;la guitare était plus petite, elle était utilisée dans les milieux populaires et dans les salons de la noblesse pour accompagner les romances, chansons de geste, et les danses .A cette époque les religieux enseignaient à chanter aux indigènes la musique religieuse en utilisant dans certains cas, les hymnes Incas auxquels ils changeaient les paroles.

Retrouver l’enfui, la trace de ce qui s’est enfui et qui est enfouie au plus profond de notre oubli. La source tarie veut dire qu’il n’y a plus d’âmes, plus d’écriture de la parole, plus de souffle qui vienne faire signe. Quand à chaque génération, toute mémoire peut se perdre, le mythe est cette mémoire, venue de rien, une histoire de souffles, de sons dont la figure est l’espace.

La "vihuela" disparut mais son art se réfugia dans la guitare baroque.

La musique baroque péruvienne: mystère de l’esprit des ancêtres

L'ombre noire d'une guitare se découpe sur les vitraux des grandes cathédrales. Un homme entouré de mystère entraîne le public vers une musique inattendue, pure, spirituelle.

Le phénomène Javier Echecopar Mongilardi vient de naître.

Personne pourtant ne connaît le visage de cet homme secret qui aime retrouver ses amis dans un bar et parler de musique, de femmes, d’instruments anciens, qui s’intéresse à l’astronomie, à la poésie, à l’archéologie des sons des musiques traditionnelles.

Il se passionne pour la musique de son pays et pendant plusieurs années, il mène à bien un travail approfondi et précieux sur la musique péruvienne, se concentrant sur deux grands axes fondamentaux : la période du baroque colonial et la tradition populaire.

Il entreprend également de nombreuses recherches dans des cathédrales, des couvents, et des musées nationaux et étrangers.

Ce travail l’incite à parcourir une grande partie de son pays pour rechercher et répertorier la musique et la technique d’exécution de la musique traditionnelle.

Pourtant si les interprétations de Javier s’inscrivent dans la liberté des formes et la profusion des ornementations du baroque, il sait se saisir de cette liberté pour inventer sa propre lecture, intime , personnelle qu’il sait marier avec la virtuosité , l’artifice, les contrastes, le faste jusqu’à la démesure : c’est de cette alliance que naît l’émotion. Alors la frivolité s’efface et c’est le paradoxe même de l’interprétation , la grande liberté d’improvisation et d’ornementation trace ce qui semblait perdu au cours des siècles, les phrasés, les mouvements , les rythmes, l’énigme des partitions perdues. L’interprétation dynamique des airs ressuscite avec bonheur la vitalité et l’éloquence du paysage bigarré du Pérou. Le génie de l’artiste nous entraîne dans la pureté des origines : Cusco, le nombril du monde devient vérité musicale.

Les concerts et les distinctions officielles : une carrière internationale

Le public le réclame, le succès est là. Javier Echecopar est demandé dans le monde entier. Une authenticité le pousse vers ces rencontres avec le public où il peut vivre l’intensité du face à face avec son âme.

Il se produit aussi bien dans des "tournées de cathédrales", que sous la voûte constellée du ciel dans ses concerts en plein-air dans de larges espaces en pleine nature véritables "cathédrales naturelles", comme la « Parque des Oliviers »

L'Europe, l'Amérique résonnent tour à tour à son talent. De Paris à Lima, en passant par New-York, des milliers de gens ovationnent le guitariste.

Des distinctions officielles rendent hommage à cet homme secret, qui ne recherche pas spécialement les honneurs.

En 1988 il reçoit du gouvernement du Brésil la « Médaille du centenaire de Heitor Villa-Lobos », octroyée en reconnaissance de sa qualité d’interprétation. En plus des tournées, sa vie artistique inclut la composition, la direction d’ensembles de musique de chambre à Lima et à Paris et sa participation à des festivals internationaux qui l’amènent à se produire dans d’importantes salles de concert en Europe, aux États-Unis et en Amérique du sud.

Il est le fondateur du Centre péruvien d’investigation musicale SAYWA à Lima, et du A.I.C.A. (Association pour l’intégration des cultures andines) à Paris. En 1992 il fonde et co-préside l’Association de guitaristes américains GUIA. En 1993 il a été nommé à Paris correspondant auprès de l’UNESCO pour le programme du Fond international pour la promotion de la culture : « Artistes transfrontières » En collaboration avec l’Université Paris Sorbonne il a participé au colloque « Métissage culturel en Amérique latine » En 1994 le Ministère de l’éducation et de la culture du Pérou a déclaré son œuvre d’intérêt culturel pour la nation. En 2001 il crée au Pérou, l'Association culturelle pour les études musicales, ACEM, un nouveau projet pour la préservation du patrimoine musical péruvien.

Mais tout cela est-il vraiment important? Car Javier Echecopar n'en oublie pas pour autant les questions humaines et la recherche de nouvelles expériences qui sont l’occasion de nouvelles compositions.

L'appel et la Philosophie des Andes

Car Javier Echecopar Mongilardi est un personnage attachant, il fait partie de ces musiciens qui sont comme les oiseaux migrateurs, dès la fin de l’automne s'envolent vers des lieux secrets et isolés du monde. Il semble qu'ils respectent les lois de la physique et complètement intégrés dans l'ordre cosmique, ils empruntent les lignes aériennes régulières et ne se transmutent pas dans le ciel à l'instar de la fauvette babillarde qui a le ciel dans la tête et est capable de faire sa migration en planétarium…

Que ce soit à Cusco ou à Lima, ou sur les pentes des Andes à plus de 3.000 mètres d'altitude, il part à la recherche d’une tradition séculaire… Il découvre, dans l'ombre des églises et des monastères des sonorités interdites, les sciences mystérieuses qui dépassent les prières, on le retrouve dans les brocantes des bas-fonds de Lima où il sauve de la destruction des instruments estropiés, que l’art des luthiers rend à la vie. A partir de fragments musicaux, il développe, compose ses propres airs, avec cette passion de créateur dont l’originalité de l’œuvre recueille les airs du passé mêlés à ceux de la modernité.

Il accède ainsi peu à peu à la spiritualité à laquelle il aspire depuis l'enfance.

Il vient d’un pays prodigieux, de paysages plus beaux que la vie, mais de ce pays, dont il parle peu, de ces paysages que j’ai vus seulement en songe, sa musique les évoque :ses pas semblables aux pas des indiens quechuas, et son coeur est là , maître d'un corps exilé et étranger. Il reconnaît cette vérité, vit les contraires sans les accepter, ressent toutes les émotions et les défis de cette démesure avec l’intelligence de celui qui atteint le sommet, libre et seul comme on l’est sur tous les sommets, uni au ciel et en même temps séparé comme on l’est sur tous les sommets.

Javier Echecopar est en équilibre entre action et réflexion. Il voue son énergie à la mémoire des sons, à la recherche des histoires qui les font naître depuis la nuit des temps, dans le balancement des rythmes des hommes et des femmes qui naissent, aiment, vivent et meurent. , Il exprime le déracinement latent de l’immigrant des Andes qui se sent obligé d'abandonner sa terre et résiste “... en s'agrippant aux pierres et aux arbres”, disposé à “demain, plus tard, retourner”. Il nous enseigne la cosmovision andine du hibou pour laquelle partir et mourir sont équivalents. Pourtant il y a chez Javier l’ingénuité de l’artiste, qui lie comme la philosophie indienne la vie et la mort dans un double sentiment, tristesse pour la perte et joie parce que l’innocence mène droit au bonheur. Alors la crainte s'efface, l’inquiétude devient découverte et création, source de joie : cette dynamique resplendit dans la musique du compositeur dans une belle lumière annihilant toute angoisse.

Pour Javier Echecopar, Amour et Musique, sont intimement liés à la Vie. Il aime comme l'Amour aime. Il ne connaît aucune autre raison pour aimer : que dire de plus ? Il célèbre la nature, la liberté, la connaissance comme des valeurs sacrées. Cet homme simple accueille chaleureusement, car il aime la rencontre et le partage.



Le ciel : mystère de l’infini et résonances de l’être.

Les Andes bien sûr, gardent nombre de secrets. Les cimes et l'aventure continuent à l’appeler comme ces histoires d'amour qui ne connaissent jamais de fin.

Il y retourne, le voilà à Cusco, contemplant le lever du soleil sur le Pérou, de la montagne mythique où, dans la même quête de liberté et de découverte, il se passionne pour l’astronomie, et contemple à l’aide de son télescope les mystères du ciel. L ‘atmosphère magique de l’observation l'enveloppe de transparences étranges d'une rare beauté. Des sons inconnus tournent et pénètrent le corps... L'âme et les sens s'enroulent peu à peu dans la spirale d'un univers galactique où l'on échappe à la gravité : Javier Echecopar dévoile avec sa guitare les énigmes de ces mondes inconnus.

Compositeur contemporain, guitariste et concertiste impressionnant, Javier Echecopar Mongilardi s'inscrit parmi les grands musiciens. Cependant, sa musique échappe à l'univers connu : elle nous conduit à la reconnaissance la joie de vivre et de la nostalgie, elle nous imprègne de volupté inquiète, faite de l’alliance de notre souffle avec celui des esprits des Andes.

Tant il est vrai que Javier veut faire résonner l'intime de l'humain avec la part restée secrète de l’histoire et faire vibrer dans l'infini du ciel, la voix sacrifiée des ancêtres.

Nicole Barrière, Paris le 17/01/2005


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