Echographie chinoise de la création du monde
Échographie chinoise de la création du monde
Olivier Genty
Exposition de peinture
Galerie Riedel à partir du 5 mai 2007
Délire en formation
12 rue Guénégaud 75006 Paris
L'être est-il éternel, particulier, fixe, solitaire, translucide? C'est ainsi que la raison occidentale se poserait la question devant les toiles d'Olivier Genty
Les scientifiques y répondraient par la découverte de substances de nature différente avec quelques références au tableau de Mendeleev
Dans les toiles d'Olivier Genty , nous découvrons la genèse de l'univers, la genèse de l'être vivant, la genèse de la création et de l'art, l'invention d'autres réponses au questionnement de l'être : il est éphémère, de passage, universel, en mouvement et conserve une opacité réfractaire à tout questionnement, cela lui permet de rêver, de créer et d'être.
Il y a de la vitalité dans cette peinture de l'impossible où le travail de l'huile est traitée comme l'immatérialité d'une aquarelle ou comme le mouvement agile d'une calligraphie chinoise, le résultat est printanier : il y a de l'azote , du carbone et de l'oxygène intimement mêlés au végétal et aussi du fer et du silicium mêlés au minéral.
Le soleil est une étoile qui brille en plein jour, du jamais vu!
Voilà l'expression qui vient à la contemplation des toiles d'Olivier Genty : jamais-vues les couleurs, jamais-vue la rencontre orgasmique de la gestation, jamais-vu l'orage de la gravitation.
Nous voici plongés au sein des eaux de la femme: une genèse-échographie à la chinoise travaillée par l'imaginaire d'Olivier Genty.
Femme-rivière, femme-algue, femme-liane, dans le jamais-vu de l'intime vert-amande charnel et printanier, les verts de la prairie, les verts d'eau courant le long des grandes herbes, substance naissante, le vert d'après big-bang, matière inconnue, gaz rare, lumière surgie des ténèbres, invisibles.
Dans le séquencement de la gestation, il nous émeut au plus profond de l'être, nous les femmes car il fait apparaître toute l'énigme dont nous sommes porteuses : porteuses de vie et d'amour , porteuses d'indicible douceur, d'indicible langueur de nos maternités, porteuses aussi de tous les dangers qui menacent le foetus, le risque de l'oeuf fécondé, le risque de la nature, le risque génétique, le risque de la science, le risque de la maladie , le risque de la mort.
Il y a cette conscience féminine totalement intégrée, cette conscience féminine assimilée et cela nous surprend qu'il soit là, lui, l'homme, l'artiste, révélateur de nos mystères, et puis il y a sa conscience d'homme en proie aux mêmes risques, aux mêmes joies, aux mêmes couleurs de sève humaine, aux mêmes fragances de souffle humain, ce « pas tout à fait » , ce je ne sais quoi, impalpable, furtif, versatile, ce presque peu du désir d'être « cette pousse de soie »
Comme il s'érige, ce désir de mémoire, ce désir de transmettre, ce désir inattendu, attendu , probable , improbable.
Couleur jade, le message du jade, harmonie et paix, détente intérieure, nous aide à découvrir la beauté de la création sous toutes ses formes, nous rend juste et modeste, renforce et approfondit les liens du cœur, et fait prendre conscience de notre état présent.
Présence jade dans ces tableaux de la gestation du monde, de la gestation de l'enfant, de la gestation de l'être et de la création; alors d'autres formes apparaissent : le losange de la gravitation, cette figure tout d'un coup décalée, comme le chaos et le mouvement de l'à-naître, formes inquiétantes, couleurs qui brunissent comme dans le sang de la délivrance, sépia incertain ou rouille fade de la putréfaction.
L'eau, produit primitif, primordial ne coule plus verte et limpide , elle croupit dans le regard et dans le coeur, elle a perdu ses chatoiements et ses miroitements pour devenir forme inquiétante, vague violente, eaux tumultueuses des crues , perte des eaux.
Notre histoire pourrait commencer par un baiser à la commissure des lèvres, au creux de l'épaule, au nu du ventre. Baisers prémisses de désir charnel, de sensualité pour passer sur la « porte de jade » et sur la « tige de jade », yin et yang nécessaires à la procréation, pour nous attarder sur les vraies cellules de vie, quintessences subtiles, liquides et nocturnes, « buée d'émeraude », autant de migrations fécondes , internes jusqu'au pavillon du paradis
Donner, concevoir, devenir, la vie commence à cette enveloppe nourricière, à ce nid protecteur dans les espaces contraires, vides et pleins réunis , l'un et l'autre, enfants d'étoiles.
Test de dureté, de résistance de l'être : l'enveloppe se raye, se fissure, trémolite, jade-roche de couleur grise , verte ou blanche, vitreuse, translucide, lavé au jade de rivière, silice et eau, abrasion , évidement , cercle , disque d'accrétion afin de mesurer la puissances des esprits.
Sur cette route de la connaissance, les principes Yang de l'homme et Yin de la femme s'attirent et les femmes dit-on, découvrent cette attirance en foulant de leurs pieds le lit des rivières. Encore l'eau, l'oasis entre les déserts, étapes , frontières de la Porte de Jade, dans le mouvement souple du pinceau, Olivier Genty retrace une histoire millénaire, trace dans ses motifs de surface les entrelacs amples du bonheur et de la vie, il y glisse la taille d'une nouvelle manière d'appréhender les cauchemars qui nous hantent.
Alors la forme change, elle devient circulaire, c'est un triptyque à double face, trois cercles qui roulent la matière et donnent à voir selon leur mouvement, la silhouette des amants ou la femme entrain d'enfanter, ils donnent à voir, l'espoir à peine entrevu, la face sombre et inquiétante , réplique des eaux sombres où se noie notre destinée.
Dans l'aube naissante , dans le « pas tout à fait jour», Olivier Genty nous ouvre les rêves immortels de l'être et les tressaillements inquiets de l'humaine condition.
Allez voir cette exposition d'un jeune peintre contemporain, un talent dont la transparence fait toucher à la fois, la plénitude de l'être et la conscience aigue du néant.
24/04/07
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