L’enfant
Par la beauté vibrante
par l’image captive
à flammes feutrées
L’ancien poêle rougeoie d’un peu du feu terrestre
Ailleurs sur un petit cahier noir
le corps replié sous lui
écrit sur la vieille chaise de bois
les frottements d’élytres
qui soutiennent plus haut
les brumes du matin
L’immobile dépose les mots courbés et translucides
où passent l’urgence et l’éternité
Si seulement bougeait le silence
Qui pose sa main sur mon épaule
On sent la bruine à la fenêtre malgré le grand soleil
Une pluie de lumière cingle les carreaux
Comme des hoquets et des pleurs
Rien ne bouge
On oublie la chaleur
On bascule dans le noir du cahier
On guette
On se détache de la veille
Le monde du visible est si loin
J’attends l'épiphanie d'une image,
Le foudroiement d'un mot
Au mur tes peintures me parlent
Le chat aussi, au chaud sur la pierre.
J’attends au centre de la toile
J’attends quelques papillons de grâce
Tu sauras les faire s’y poser
Dépeindre leurs ailes et leur agilité
Et surtout les laisser repartir
Je regarde ce paysage immuable depuis ma naissance
Immuable et changeant à chaque grain de soleil ou de gel
je regarde la cour, les traces d’enfance
Bientôt il faudra aller dans le chemin du bois.
J’y vais cueillir le bruit de l’herbe
le crissement du gravier
l’envol d'oiseaux beiges
Dans les mornes eaux de ces jours tristes.
Inlassablement je refais ce rituel dérisoire et merveilleux
Je chemine au plus près du souffle et du mystère de l’être
qui n'est pas un cœur pleurant
mais un paysan de l'absolu
traçant obstinément les sillons de l'infini
retournant les mottes sacrées de vivre.
je parle aux animaux, aux arbres, aux oiseaux,
et aux hommes parfois
je parle de la terre et de la lune
de la nuit et de la pénombre où git le monde
la nature a pris toute sa place,
avec ses soupirs,
je suis une poète au rebut du monde
à l'écart des gens
entre patience et mystère
j’édifie un barrage de poèmes contre le désespoir
j’œuvre à la consolation.
les mots deviennent compacts et transparents
appellent au ras du quotidien,
au plus près, la nature flotte à la fenêtre
et s’enroule dans les arbres
elle évacue toutes les couleurs
et réduit en aumône les images
devant marche un homme
je le suis
il regarde loin
Solitaires semblent les mots
Ils pourraient s'assembler dans nos mains
Les branches se balancent
Comme se balance l’enfant
Qui joue avec les comètes
Et déploie sur le monde
Sa tunique légère
Pour nous protéger de l’impensable
Léger, il va, léger vers l'invisible.
NB 27/07/2016
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