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DÉLIVRE NOUS DU MAL 

 
Il y a sous les dalles, le cri des choses, un temps de délivrance qui fait don, une litanie 
d’enfance qu’il fallait répéter dans le clair-obscur des nefs : 

« Délivre nous du mal » 

Est-ce pardonner ? 

 Il y a sous le piège des mots, la confession de ce qui ne fut jamais dit, des temps d’oracle et de pythie qui nous tendaient le boire des solitudes. 

Est-ce pardonner ? 

 
Il y avait des temps d’insouciance, où le verbe semblait glisser vers des devenir et des ailleurs que nous ne soupçonnions pas 

 
Était-ce pardonner ? 
 

Et puis il y eut des séquences d’effroi, des scènes irréelles de cauchemars dans lesquels nous ne reconnaissions plus les signes 

 Étions-nous complices 

Des abominations 

Des iniquités 

Des meurtres ? 

 Qui serait sauvé ? celui qui croit? se déclare juste, affirme de sa bouche : point de déshonneur ? 


Se pourrait-on guéri, délivré, réconcilié, purifié ? 

Le piège des mots et des confessions 

Que reste t il de la blessure ? 
 

Accepter ? Pardonner ? tuer ? 

On ne tue jamais assez, on ne sauve pas son âme. 

 
Expier, se sauver ? 

Cette oeuvre de croix et d’épines 


À corps perdu, à vouloir dominer, posséder 

Quelle rébellion au Mal ? 

Et nous voilà dans la plus triste des tristesses, aussi coupables que des devins et des idolâtres. 

Nous voilà insoumis, nous voilà en résistance, en désobéissance 

Accepter ? confesser ? se repentir ? 

Contre la vitre, l’étrange fantaisie d’un papillon 

Gris, les ailes fanées 

Une tache de poussière confessant l’impuissance 

La lumière l’a révélé à l’instant, 

Il fallait le reconnaître dans sa nouvelle naissance, déjà si près du trépas, lorsqu’il s’est posé sur mon épaule , puis d’un coup d’aile a touché mon coeur. 

Un papillon fait-il offense ? vers quelle repentance volait-il lorsqu’il s’est posé sur mon coeur déchiré. ? 

Réparer, pardonner ? 

A quels fruits de la tentation ? à quels regards de l’inconnu ? les plus celés, les plus silencieux, les moins purs ? 

Il y a ce rayonnement des martyres, leur tendresse humble et patiente 

Sans jalousie, sans orgueil, sans colère, qui reçoit l’offense comme un don. 

Délivre nous du mal, 

Les mots chantent comme une ritournelle d’enfance, dans l’air frais du pilier, la haute nef pleine de couleurs, de ces contes et légendes, de cet amour du prochain, de la beauté qui aime, splendeur cachée dans les champs de grand sommeil. 

Délivre nous du mal. 

A obéir, on se briserait 

A résister, on te brise 


Il y a ce regard sans figure, glacé, vitreux à l’approche du soir quand les paysages sont immobiles. Où se purifier des souillures ? 

Briser les liens, les lieux impurs 

Qui bénirait encore la femme souillée, méprisée, de ce geste semeur ? 

Quand tu aimes, il faut partir, répète le poète, 

Quitte ton pays, quitte ta famille, quitte ta maison, quitte tes amis 

Et elle est partie vers des contrées froides chercher le pardon des fils pour la faute des pères 

Mais on ne peut pardonner le crime 

L’ennemi insistait, divisait, détruisait, défigurait la grâce singulière, la robe sans couture, la fontaine sauvage de l’amour, ce lieu perdu où coule la source, inutile jusqu’à ce que le voyageur las s’arrête pour y boire une gorgée. 

Source coupable de son innocence, peuple rebelle. 

Ainsi détruit-on jusqu’à la dernière demeure, ainsi exile- t-on la charpente et les pierres jusqu’au bout de la ville. Ainsi fait-on dépérir ceux qui survivent, résistants en pays ennemi. 

Nous voici dans le temps des mésalliances avec les puissants, nous voici à la conjonction des abandons lorsqu’à chaque scandale succède un autre scandale. 

Où est-il leur dieu quand l’inique prend forme dans les assemblées tueuses, dans les conclaves où se décident les châtiments ? 

Quel ordre de dévastation signe-t-on ? pour quelle justice ? pour quel repos ? 

Celui des traitres ? 

Il y a ce mouvement infirme du monde, que la branche d’hysope ne peut pas purifier 

Il a ces femmes disparues dans l’épouvante 

L’enfant de jadis sans main ni visage qui avance de son pas différent, qui tend une main naïve, et qui butte maintenant sur les cadavres, qui découvrent les tombes et les ossements. 

Sera-t-il donné coupable pour interroger ces mortes ? 

Seront-ils coupables ces fils et ces filles immolées par le feu, de Herat à Bordeaux, de Bassora à Issoire ? 

A quels interdits ces abominations se heurtent-elles ? 

Fais silence, écoute 

Il y a ce prêche des directeurs de conscience, ces prières toujours données du côté de la domination, 

Et il y a la voix claire des peuples, l’hymne libre des mots 

«Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir !» 


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