Ce que j'ai ressenti en lisant ce recueil est un grand désarroi de l'être, c'est en tous cas ce que cet éclatement des formes m'a inspirée et si je devais paradoxalement mettre une musique ce serait "le boléro" de Ravel... ce qui finalement n'est pas si incongru : puisqu'il s'agit de théâtre, de musique et de danse!
et de répétitions... les mots passants, les voyages invisibles , des métamorphoses itinérantes, écrire en toutes les langues, vingt mille mots, des mots qui envahiraient , tentations et rêves de femmes, pages détournées sur le goût de la langue, écrire entre deux langues les mots-objets, les mots-sujets, les mots-esprits, partout la mer : n'ai pas peur des mots... les mots ont toujours voyagé , nomades par vocation.
Dire ce qui m'a émue est le désarroi de l'être sous-jacent, comme si l'homme voulait cette fois qu'on l'entende et de l'autre dans cette incroyable danse destructurée, se profilait un appel à aimer et à jouir, de la jouissance autre des amants, jouissance des effleurements d'âme.
Qui dira ce qu'il advient de ces mots qui racontent la guerre et l'amour, l'art de la rature et les rites de célébration, mais aussi les mots de l'ombre , du pouvoir et des partages inégaux comme frontière, adultère, lapidation.
Il y a des mots qui n'aiment pas la vie, s'y conforment, s'y norment et s'y standardisent comme s'ils voulaient tuer l'intelligence des mots anciens, ceux qui m'envahissent de lumière, les mots qui montent de la terre, avec ses arbres en clairière et ses oiseaux dans le nid des rencontres, des mots-enfants, ceux qui arrondissent le ventre des femmes, le geste mâle de la fécondation du semeur à l'entour.
Semeur de mots contre les murs entre les peuples, semeurs de mots comme des herbes folles dans les interstices d'-il-elle, semeur d'amour entre les fables d'elle-il. Mots-anges pour protéger les prisonniers-amants, mots passeurs pour les amants clandestins, mots-sources pour nos soifs, en partance, racines à l'air, mots en souffrance, prêts à fendre la page les grands jours de tempête, déferlantes sur les coquillages de soi à la mesure de l'être, de leur voix de pierre, mots équarris de la demeure et du temple, jusqu'au silence de la pierraille muette, arrachée à la terre et qui retourne à l'argile.
mots dépris de leur alphabet, des voyelles de l'amour, croisant les fleurs à même la lave qui palpite gravement de tendresse.
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