Monsieur le Président de la République

 

 

L’enfermement est l’arme des faibles.

Dans la société contemporaine, la complexité des systèmes, la sophistication des technologies, l’imagination diabolique des politiques se heurtent à une donnée anthropologique inaliénable : l’humain.

Dans votre discours du 2 décembre 2008, l’annonce du plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques est une atteinte aux droits humains. Toutes les justifications invoquées dans ce plan sont des biais pour évacuer la maladie mentale de la société.

La maladie mentale de la société est une affaire politique, elle concerne tous les citoyens qui à un moment ou à une autre peuvent se trouver en état de fragilité.

Cette fragilité et cette insécurité sont économiques, sociales avant que d’être hospitalières. Ce type de mesures et de plans sécuritaires ne sont pas nouveaux, et ont été fort bien décrits par le philosophe Michel Foucault dans « Histoire de la folie »

Ce pays a une Histoire, trop souvent vous semblez l’oublier Monsieur le Président, et cette Histoire a des références fortes en matière de liberté et de droits humains : les philosophes des Lumières, les résistances des français dans chaque guerre au nom d’intérêts qui n’étaient pas les leurs, l’honneur de la France d’être au premier plan de ces résistances.

Quelle guerre civile nouvelle voulez vous entreprendre vis-à-vis des plus fragiles, des plus démunis ? Est-ce par l’enfermement et l’isolement de plus en plus de personnes que vous résoudrez les enjeux de la crise d’un système qui engendre cette maladie de la société ?

Pensez vous réellement que la contrainte, la stigmatisation, la déshumanisation déjà à l’œuvre dans les unités psychiatriques où existent déjà ces pratiques, soient propres à guérir la société de ses cancers sociaux que sont la misère économique et sociale avec le manque de travail, de logements, de repères concrets qui permettent aux populations de créer et d’avancer.

Ce que vous préconisez est la mort sociale qui touchera de plus en plus de personnes, or ce n’est pas avec des morts que l’on construit un pays.

Quel aveuglement peut vous faire penser avec aussi peu de hauteur de vue lorsqu’il s’agit de l’être humain ?

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de la considération due à votre fonction.

 

Nicole Barrière

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