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Lettre à la Lune,

 

Mon ami Pierrot m’a parlé de toi, c’était un soir de déprime , il croyait que Colombine l’avait abandonné. Il était dans son lit, malgré le froid, il avait laissé la fenêtre ouverte, il regardait le ciel. tu étais là, resplendissante, froide et tranquille, presque narquoise

- Alors beau solitaire, on se morfond, lui as tu susurré d’une voix d’hôtesse de l’air?

Boudeur, Pierrot s’est retourné dans son lit, il avait froid, qu’est ce que c’était encore cette inconnue qui l’interpellait. Une face de pleine lune, de carême...encore une qui doit jeûner se dit-il.

- Ben quoi, c’est moi, la Lune, oui je sais on m’a traitée de toutes les façons, inventée et parée de toutes sortes de représentations depuis le rêve jusqu’au fondement de l’humanité : « dans la lune, lune de miel, con comme la lune, la lune dans le caniveau, clair de lune à Maubeuge... » enfin bon, ils ont le droit aussi! de contempler le ciel, à Maubeuge ou au Kremlin-Bicêtre!

Elle rayonnait mais c’était un leurre. Comment savoir qu’elle était morte, satellisée?

La Lune à la Une, et si j’étais du voyage? Encore une rencontre particulière. Belle, froide, insensible, morte, de la terre à la lune...Quitter le désordre de la planète bleue pour aller courtiser son satellite, un leurre qui symbolisait la fécondité, la femme mais elle était sans vie, stérile, morte depuis des siècles.

Drôle d’idée, Colombine en frémirait d’enthousiasme ou de peur, pendant qu’elle s’émoustillait allègrement, il se propulserait dans cette banlieue de la terre, on verrait bien alors qui aurait le dernier mot. Superman, voilà ce qu’il serait!

Belle et froide, le Lune racolait sur la terre...

-Alors , beau héros, tu te décides? tu en as l’étoffe, tu attends que le jour se lève?

Mais elle me demande la Lune se dit Pierrot! Ce doit être sa face cachée et il se renfrogna, mal luné. Voilà donc que revenaient ces vieilles lunes...il l’aimerait, elle lui demanderait un enfant, quelques révolutions lunaires en somme mais toujours en décalage avec la Terre.

Il attérit en entendant chantonner: « au clair de la lune , mon ami Pierrot », Colombine rentrait s’affairait dans la cuisine, « va chez la voisine... »

Elle fit irruption dans la chambre, vêtue d’une guêpière rouge, avec des croisillons noirs, un tablier de soubrette sur lequel elle avait agrafé un papillon rouge, une rose entre le dents, le sourire ravageur . De quel bal masqué s’était-elle ecclipsée? ou de quelles saturnales?

Il vit trouble, son regard se perdait sous le tablier de soubrette dans la résille des bas noirs...

Mais c’était Carmen! scandaleuse bohémienne, vierge ou putain.

La lune avait pâli cachée par les nuages. Comme Colombine avançait , portant un plateau de douceurs, il l’empoigna, la ligota....Et alors, Et alors?

Elle entonnait la habanera :  « l’amour est enfant de bohème »..

- Où est ton Arlequin de service? demanda Pierrot furieux et malheureux devant son insolente liberté.

- Il est tombé de la lune, oh toi,mon beau torero dans ton habit de lumière... boucher de luxe pour bête de somme oui!

Elle éclatait de rire, et fredonnait ; il allait profiter de l’aubaine de ce rival imaginaire anéanti...

- Si tu ne m’aimes pas...

- Je ne t’ai jamais promis la lune

Elle ne lui en demandait pas tant!

Sa voix roucoulait

- Si tu ne m’aimes pas...je t’aime...et si je t’aime...

D’un geste souple, elle se libérait, douce et tendre :  « nuit de Chine, nuit câline... »

- Ah Colombine!

Alors il la délia, différant pour cette fois encore la mise à mort.

Qui sait, avec elle, peut-être allait il décrocher la lune?

Elle glissait sous la couette étoilée, chuchotait la fin de la chanson en le butinant de mutines caresses : « on chercha la plume, on chercha le feu...je sais que la porte sur eux se ferma »

Mon ami Pierrot parle de toi comme un chevalier de la lune, romantique en diable. Il raconte tant d’histoires, tant de rêves tandis que tu lui fais ton numéro d’illusionniste, toujours le même: nouvelle lune, pleine lune ...pas de quartier! 

 

 

Rien à signaler du côté de la licorne

attendre d'autres signes

les ombres enchaînées

regardent fixement de leurs yeux éteints

 

bois mince empoussiéré de solitude

l'angoisse de la mort

soumise au vent du Nord

dévale des flancs du soleil

 

personne, mains levées, sans arme

dans le houx brillant de l'éclair

n'enfonce l'alphabet dans la gorge

ni l'aiguille de sapin, ni l'hiver

 

plonger sans douleur dans le givre

arracher au rêve sa peau laiteuse

enchainer mille chevaux à l'aube

changer le campement de neige

 

dans quelle langue parles-tu, sorcière?

Mots de feuillage, de corneille ou de renard

rengaine de poing levé, de cartes truquées?

Compte tes jours sans voix!

 

Compte les jours sans trace

cette grande patience saline

où lumière et mirage habitent l'un dans l'autre

conversent avec le silence des pierres

 

fidèle cendre des départs

sous la braise du chardon

midi, feu blanc, jardin, murs, oliviers

arrachés au feuillage de la langue

 

aux oreilles sourdes, la plainte des générations

l'éclair de sept mille siècles témoigne

les jours vagabonds de mille puits

du désert où la voix devient sable.

 

Face à la nuit des messages-radios

poste tes effraies et tes pies

pour déchirer le sommeil

la clarté douloureuse des fosses

 

seuls les mots bruts des rapines

les voix qui n'entendent pas les massacres

les cris rudes d'un monnaie sans repos

qui roule sur la famine des peuples.

 

NB 20/12/11

 

 

 

 

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